jeudi 24 mai 2018

Chronique #2



Jo Jo Ef Steve A Quiet Night In With

De la ferraille ou des copeaux de bois, une guitare sans accords teste des voies, des voix, ne s'emballe jamais. Nuit tribale. Dans l'ambiance, par l'ambiance, c'est quelque part entre à côté et loin. De Nouvelle-Zélande, des micros posés un peu partout, aléatoirement d'une façon scientifiquement romantique. Les restes d'un blues qui décède, le son qui erre et ne nous cherche même pas. Le métal des cordes rouillées, le bancal dessine des danses. Un discours simple et évident sous l'agencement crasseux, méthodiquement décharné. United Fairy Moons pour du free folk déconstruit, qui craque et semble enregistré par surprise à l'accordage et à la mise en place. La musique prise ou presque prise par erreur. L'erreur fait partie de la vérité quand on parle de la vérité toute entière. Alors Jo Jo Ef Steve se tient sur le fil le plus difficile, mais le plus essentiel, à l'abris, sous les regards bienveillants de ceux qui sont allés voir derrière les mirroirs.

Chronique #1





 John Tilbury - For Tomasz Sikorski

Des frappes isolées, les marteaux du piano, il n'y a que du piano. Dans la musique de Sikorki joué par Tilbury il y a du néant, mais pas trop. Pas comme dans les plus stricts plans réductionnistes dont on parle souvent. Pas de silences de 5 minutes tapis dans l'ombre à attendre qu'un son passe mais une gestion en puissance du vide, notamment par la résonance. Ça cogne dans une grande pièce ou un lieu noir et cruel. Tout métallique, quoiqu'il y a aussi du bois dans tout ça. 80, 84, 71, 2011. Ah oui, en 2011 c'est une création du maître pour l'ami. Les frappes fermes et rudes sur le clavier avec les doigts serrés, éparpillement et évoluent vers une pointe de complexité très à propos. Des jeux de notes, répétées, amplifiées, séparées, des jeux de notes avec peu de notes et de l'espace, beaucoup d'espace, du moins comme il faut, exactement pour qu'une dynamique émerge du noir. Des notes lourdes et franches qui apparaissent en grappe, puis le silence et reviennent encore les notes, noires ou blanches, sombrement. Et reviennent sombrement.